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La Tribune

Le blog d'Alain Rousset

Cessons de stigmatiser les fonctionnaires locaux - Tribune parue dans les Echos du 13 janvier

Expression Libre

Haro sur les collectivités territoriales ! Alors que l'Etat supprime des postes de fonctionnaires, les collectivités territoriales - et les hôpitaux -n'ont de cesse d'en créer à tour de bras. L'effort des uns est réduit à néant par le laxisme des autres. A écouter les déclarations du chef de l'Etat lors de la cérémonie des voeux aux parlementaires, mercredi 11 janvier, c'est en tout cas l'idée qu'il voudrait faire passer à la veille de son entrée en campagne pour la présidentielle.
Evitons de caricaturer la réalité. Et essayons plutôt de comprendre pourquoi les effectifs de l'administration territoriale augmentent - un peu -quand ceux de l'administration centrale baissent - trop peu.

Bancale, la décentralisation n'est pas étrangère à ce mouvement.

D'abord, parce que l'Etat a transféré des compétences aux collectivités locales sans toujours leur donner les moyens humains pour les assumer. La formation professionnelle, le développement économique, l'éducation ont été victimes de cette politique étriquée. Des dizaines de postes d'encadrement par exemple manquaient à l'appel en Aquitaine lorsque les régions ont repris le personnel non enseignant. Il a bien fallu les combler par les embauches. Dans les directions départementales de l'équipement (DDE), le scénario a été identique : l'Etat confiait les clefs d'une administration mais pas les hommes qui allaient avec.

Un autre facteur a joué. Avec la prise en charge des établissements scolaires, nous avons hérité d'un « volant » de précaires très important, de l'ordre de 10 % pour les ouvriers et des techniciens. Leur situation était scandaleuse. En Aquitaine, depuis des années, plusieurs centaines d'entre eux étaient licenciés en juin, à la veille des vacances, et réembauchés à la rentrée de septembre. Fallait-il continuer à donner le mauvais exemple comme l'Etat employeur ? Les collectivités territoriales ont préféré se mettre en conformité avec la loi et le droit du travail. Ils ont été régularisés.

Plutôt que de stigmatiser les collectivités, mieux vaudrait s'interroger sur les conditions calamiteuses qui ont présidé à l'acte II de la décentralisation en 2003. Un rapport de la Cour des comptes d'octobre 2009 observe fort justement que l'Etat « n'a pas été au bout de sa logique de retrait, en conservant parfois des attributions de pure administration dont il aurait pu se départir ». Le meilleur exemple en est le développement du tissu économique. Il est de notre ressort et, en Aquitaine comme dans les autres régions, nous avons mis en place toute une panoplie financière et humaine pour accompagner l'expansion des PME. L'Etat aurait dû se désengager. Il ne met plus la main à la poche. Pourtant, sa tutelle administrative demeure, inutile et coûteuse. Quel est le mauvais gestionnaire dans ce cas ?

Gardons-nous des incantations et des dogmatismes. Tout n'est pas parfait dans les régions, les départements et les intercommunalités. Une rationalisation est nécessaire. Cela s'appelle la clarification des compétences. Mais peut-on reprocher aux régions d'avoir embauché pour ressusciter les lignes ferroviaires régionales ? Aux départements d'avoir accru le personnel pour prendre en charge les personnes en grande difficulté ? Aux intercommunalités d'avoir investi dans les transports publics avec ce que cela implique en termes humains ? Je préfère m'en féliciter.

 

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