La Tribune
Le blog d'Alain RoussetUn Taser pour les policiers municipaux: la mauvaise idée du Gouvernement
le Lundi 31 mai 2010 à 18h52
L'émotion nous a tous saisis lorsque nous avons appris le décès d'une jeune policière municipale âgée de 26 ans dans une fusillade à Villiers sur Marne. Cette émotion fût d'autant plus vive qu'il s'agissait d'une policière municipale dont la fonction, le rôle, ne sont pas censés être les mêmes que ceux de la police nationale, et qu'elle n'aurait pas du être exposée à de tels actes de violence.
La réalité fût malheureusement bien différente, mais cet événement dramatique nous apporte trois enseignements. Le premier est la difficulté du métier de policier, qui est amené à faire face à la délinquance, la violence et opère un travail aussi essentiel que difficile. Personne ne peut nier le dévouement des policiers municipaux. L'hommage à cette jeune mère de famille ne peut être qu'unanime.
Le second est la tendance lourde du Gouvernement à agir à l'émotion, rendant de plus en plus palpable un principe d'action-réaction qui ne peut être en soit une politique. Le Ministre de l'Intérieur a ainsi annoncé qu'il venait de signer un décret permettant aux policiers municipaux d'utiliser les pistolets à impulsion électrique Taser. Il persiste ainsi contre l'avis du Conseil d'Etat, mais aussi contre celui des policiers municipaux eux-mêmes. Alors que les sages du Palais royal avaient déjà « retoqué » en septembre 2009 un décret similaire, le syndicat SNPM-CFTC énonce que « Les Tasers et les flashballs ne sont que des gadgets ».
Le troisième est l'incohérence du Gouvernement qui un jour tempête contre les collectivités locales pour leur soi-disant enchevêtrement, et le lendemain s'applique à lui-même, dans la plus pure des compétences régaliennes, la sécurité, ce qu'il a dénoncé la veille. Dès 1982, et le rapport BONNEMAISON « Face à la délinquance : prévention, répression, solidarité : rapport au Premier ministre », son rôle supplétif était souligné. La police municipale doit jouer un rôle de prévention et permettre aux Maires d'assumer pleinement leur mission de police administrative. S'il faut reconnaître les compétences des policiers municipaux, il ne faut pas les mettre sur le même plan que la police nationale.
En dotant les policiers municipaux de Flashball ou autres Taser, on confortera le mélange des genres et l'on continuera de glisser dans cet enchevêtrement des responsabilités qui fait que plus personne ne sait qui fait quoi dans notre pays. Le Gouvernement qui énonce, à qui veut bien l'entendre, que les collectivités locales entremêlent ses compétences, ferait donc peut-être mieux de balayer devant sa porte. Il encourage par ce type d'initiative à faire se confondre deux polices qui n'ont pas les mêmes rôles. C'est donc au cœur de ses compétences régaliennes les plus fondamentales qu'il met à mal l'indispensable clarification des compétences qui redonnera sens et responsabilité à l'action publique.
Nul ne peut remettre en cause le droit à la sécurité de chacun, et en premier lieu celui de nos policiers, qu'ils soient municipaux ou nationaux (Faut-il rappeler que la sûreté arrive juste après la liberté et la propriété dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ?), mais permettre aux polices municipales de détenir des Flashball ne résoudra en aucun cas les problèmes de violence auxquels elles sont amenées à être confrontées.
Dans cette fusillade à l'arme de guerre, qui a fait un mort, sept blessés, dont quatre automobilistes et un chauffeur poids-lourd, comment peut-on penser qu'un TASER aurait changé quelque chose ?
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